La revanche du merle – Eric Mangattale

La revanche du merle – Eric Mangattale

Depuis quelques semaines j’entends perler un merle. Je n’y avais pas prêté attention, avant. Car il y a et il y aura toujours un avant et un après confinement, un avant et un après coronavirus. Il est niché quelque part non loin de ma terrasse, à l’arrière de l’immeuble où des jardins se cachent pour mieux se préserver, sans doute.

Ce merle, me rappelle tous les jours, le matin, le midi, et soir surtout au déclin du soleil, un peu comme un médicament, qu’il existe un antidote naturel au virus du béton qui gangrène nos espaces, à celui de la morosité également, une espèce de 2 en 1, comme pour les shampoings. Ses mélodies semblent autant de mises en garde et de railleries. Il se plait de se voir si beau en ce nouvel ordre naturel.

Ce fichu coronavirus aura au moins eu le mérite de donner à la nature un moment pour respirer, un tout petit peu, pour reprendre son souffle avant une noyade précipitée par les économies de marché effrénées. Le monde rejette 18 millions de tonnes de plastiques chaque minute, le chiffre est ahurissant, alors cette pause économique ne fera pas de mal à Dame Nature. Pire, notre modèle économique est fondé sur l’énergie fossile, les courbes de consommation de pétrole, de rejets de CO2 et de croissance économique sont intimement liées, et inverser l’une d’elle entrainerait les autres. Voilà, l’affaire est claire, consommer plus, pour vivre mieux en polluant plus ce qui nous fera inévitablement vivre moins bien, un jour… mais ce jour, car il arrivera inévitablement, nous préférons le léguer à nos enfants, c’est plus pratique, ils s’en débrouilleront les braves petits.

Les images satellitaires de l’état de pollution de notre atmosphère m’arrachèrent un sourire. Shanghaï et Pékin se sont réveillées sous le soleil. L’impénétrable coupole de particules s’était dissoute dans l’atmosphère renouvelée. Les poissons vénitiens pouvaient enfin se reconnaître dans la lagune abandonnée des abominables ferrys boats. Comme l’a écrit Mélanie Faure pour Planète « Au bout de deux semaines de confinement les Indiens, au loin, apercevaient les sommets de l’Himalaya. A Jalandhar, une ville située dans l’État du Pendjab, au nord-ouest de l’Inde, les habitants ont sorti leur téléphone portable pour immortaliser ce moment. Cela faisait près de trente ans que les sommets de la célèbre chaîne montagneuse, qui s’étend également à travers le Népal, le Pakistan, la Chine, le Bhoutan sur plus de 2 400 km de long, n’avaient pas fait partie du paysage ». 

Alors ? Qu’est-ce que vous imaginez que pourrait nous dire Dame Nature en ces moments d’état de grâce retrouvée ? « Ouf, une bonne bouffée d’air frais grâce à une bestiole microscopique, un microbe, un virus, capable de faire mourir les humains mais aussi capable de réveiller leurs consciences au beau milieu de leur espace naturel meurtri, pour leur laisser une chance de changer les choses avant qu’il ne soit trop tard. Il en va de la survie de l’espèce humaine ». Et si ce virus n’était que le messager de forces supérieures pour nous avertir de cataclysmes inévitables si rien n’était changé ? Le merle perle, profitant de cette petite pause avant que l’homme n’aille à sa perte, étranger en sa propre Terre, tout comme les envahisseurs d’H-G Wells dans La Guerre des Mondes, terrassés par un virus.

Le merle perle en imaginant demain.

Eric Mangattale

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