Face à la faillite du centralisme, nos maires doivent s’emparer de la crise – François Arbellot

Face à la faillite du centralisme, nos maires doivent s’emparer de la crise – François Arbellot

De façon générale et, tout particulièrement dans la crise sanitaire actuelle, faut-il que nos maires restent immobiles, en s’en remettant à l’Etat ? Ou faut-il que les élus locaux aillent sur le terrain et s’impliquent fortement face aux problèmes rencontrés par leurs concitoyens : appauvrissement, décrochage scolaire, dégradation économique, dégradation sanitaire, besoin de soutien des personnels qui sont au contact, besoin de protection, de solidarité et de sécurité…

Heureusement bien des villes ont choisi la deuxième voie, quitte à se le voir reprocher

Mais la première attitude reste de mise dans plusieurs collectivités locales. Il est vrai qu’elle est dans la droite ligne du modèle français centralisé, vertical, descendant, uniformisateur, bureaucratique, centré autour d’un exécutif qui se pense omnipotent, paré de tous les pouvoirs, de toutes les compétences, de toutes les responsabilités. Un modèle qui infantilise plus qu’il ne responsabilise.

Or cette crise du coronavirus montre à nouveau les faiblesses, les incapacités voire la faillite de cet Etat prétendument tout puissant : manque d’anticipation et de réactivité, lourdeurs administratives, retards dans les commandes, manque de vision, incapacité à comprendre que les habitants peuvent trouver des solutions locales adaptées à leurs situations tout en agissant solidairement avec les autres villes et régions, incapacité à susciter et animer une mobilisation collective des acteurs publics et privés, incapacité à éviter cacophonies ou compétitions malsaines… le tout doublé d’un manque d’humilité, d’une absence d’ouverture d’esprit face aux politiques menées dans d’autres pays, et surtout d’un certain nombre de mensonges qui révoltent les citoyens. Comme l’a dit il y a quelques jours un dirigeant centriste national bien connu, « l’organisation centrée sur l’État montre qu’elle n’est pas adaptée ».

A vouloir tout gérer seul, on peut finir par sombrer sous la charge, mais ce sont les citoyens qui risquent de se noyer.

En plus de son inefficacité, ce système politique des siècles passés finit par inquiéter et par être rejeté, parfois brutalement, quand l’on voit que la promesse n’est pas tenue, que la protection n’est pas au rendez-vous, quand l’illusion des débuts retombe. Cette succession amour-déception-rejet des citoyens est cyclique dans la 5ème République, avec, au final, un manque de confiance réciproque et récurrent entre le monde politique et la population.

Mais, aujourd’hui, est-il possible de vouloir sortir de ce carcan alors que la crise bat son plein et que des Français sont de plus en plus nombreux, par millions, à être en situation de vulnérabilité, face à la maladie, à l’appauvrissement, à l’éducation, à la faim, au sentiment d’insécurité, à l’isolement, à la détresse… ?

Il faut se serrer les coudes dans la difficulté, et d’innombrables citoyens et collectivités locales montrent l’exemple, avec ou sans l’Etat.

Mais beaucoup d’entre eux aimeraient que la pandémie soit l’occasion de remettre en cause un système trop lourd, trop vertical et uniformisateur, finalement assez peu compétent et tenté par l’autoritarisme, et que cette période douloureuse permette d’envisager ensemble une autre organisation de la société.

Cette nouvelle organisation se caractériserait par davantage de pouvoirs et de responsabilités au niveau des citoyens, des territoires, par plus de place donnée aux véritables besoins de la population, à la solidarité et à la créativité humaniste et écologique, par plus de discours et d’actes fédérateurs des populations et de leurs énergies.

Mais les signaux qui sont envoyés par l’Etat aujourd’hui ne paraissent pas aller dans ce sens : la crise actuelle voit l’augmentation du pouvoir des Préfets, agents d’exécution du pouvoir central, un pouvoir déjà montré du doigt ces dernières années par de très nombreux élus locaux, qui ont souvent le sentiment d’être les simples exécutants des décisions de l’Etat et de ses Préfets, et d’être bien seuls au contact de leurs concitoyens. Malgré les annonces sur une co-construction du déconfinement avec les élus, on sait que ce sont bien les Préfets qui seront à la manœuvre.

Pour commencer dès aujourd’hui à jeter les bases d’une future organisation politique plus démocratique, plus proche du terrain, il est essentiel que, dès à présent, les élus des villes et territoires montrent dans cette crise toute l’attention qu’ils portent aux populations. Il est indispensable que ces élus expriment et traduisent dans des actes forts leur volonté d’agir en faveur de leurs nombreux concitoyens en difficulté, et que, loin de rester passifs sous la férule de l’Etat, ils positionnent la ville, le territoire, comme des acteurs majeurs, responsables, engagés aux côtés de l’ensemble des acteurs publics et privés, dans une répartition des rôles et une collaboration équilibrées et efficientes, au service des populations locales.

François Arbellot

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